lundi 7 avril 2008
Projet biographique et personnel
Une fois que je me dépare du pseudo ironico-ridicule du Cornichon Masqué, qui deviens-je? Ce que je suis pour mes camarades de lycée, Arthur de Boutiny. Ce nom aristocratique, malgré les avantages qu'il peut représenter, me vaut quelques préjugés, par exemple le fait que personne ne soit étonné quand je m'affirme monarchiste. Mais le fin du fin de l'étonnement en me voyant, c'est en voyant quel visage affuble un tel nom. Outre ma voix bizarre, mon aspect bizarre, mon esprit bizarre, c'est mon teint et mes yeux qui intriguent. Et pourquoi? Parce que cela, c'est le quart de mon sang qui s'exprime: mes origines vietnâmiennes.
Enfin, origines vietnâmiennes, c'est vite dit. Je n'ai pas de boat people dans mon ascendance. Ni de communiste (enfin, quand on voit le nom que j'me tape...). Celle qui m'a passé ce quart, ma mère, a quitté Saigon (et non pas Ho Chi Minh Ville, que diantre!) si jeune qu'elle s'en souvient à peine. En 1954, lorsque les accords de Genève avaient scellé le sort de l'Indochine française. De cet événement, j'ai un petit pincement au coeur quand j'ouvre le chapitre sur la IVeme République, et une légende un peu bizarre sur Mendès France qui aurait vendu l'Indochine pour offrir du lait au chocolat aux écoliers français. Non, pas de communistes ni de boat people, mais un Auvergnat et une Saigonaise.
Cet Auvergnat, c'est ce grand-père que je n'ai jamais connu. Comme l'autre, du reste. Mais celui-là a une particulière saveur de héros, grâce à ma mère: le héros qui a combattu les Japonais pendant la guerre, le héros qui fut l'un des derniers gouverneurs militaires de Saigon, le civilisateur. Renaud Tricon. Ou Jules Rica, c'est selon. Car même mon patronyme maternel est une pure invention.
Ma marraine (et tante par alliance) me l'a appris il y a peu de temps: Rica n'est non pas le nom du domaine familial en Auvergne, mais une décision des Jésuites établis en Indochine. Confié avec un de ses meilleurs amis à l'institution religieuse, mon grand-père se vit choisir un nouveau nom par les prêtres. Pour se faire, ils prirent un globe terrestre et le firent tourner. Et où tomba-t-il? Sur le Costa Rica, ce riant pays d'Amérique centrale. Et l'ami d'être baptisé Costa, mon grand-père Rica. Comme l'Indochine comptait une effarante proportion de Corses, ces noms étaient tout à fait banaux.
J'ai longtemps souffert de cette drôle de race qu'est la race vietnâmienne, lorsque le quarteron que je suis était traité d'autre chose que de gros: mais finalement, j'ai fini par en être fier. Pourquoi? J'en parlai un jour avec ma cousine Alison: si nous, les quarterons, sommes fiers d'être asiatiques,, là où nos parents ont tant souffert de leur métissage, c'est que des Jaunes comme nous, on n'en voit guère. Ils restent inaperçus, entre eux, sont au maximum affublés d'un accent grotesque ou au mieux vivent de leur cuisine bizarre. Mais nous, des sang-mêlé tout à fait intégrés, là où notre grand-mère vietnâmienne est trois fois française (par droit de naissance, par droit du sol, et par choix en 1954), nous sommes rares. Et nos yeux bridés, notre tambouille bizarre que nous adorons, nous en sommes fiers.
Le temps passe vite! Noël est à peine passé, on retourne à l'Eglise. Et pour le passionné d'Histoire que je suis, le premier des désirs est de vouloir raconter tout cela avant qu'il ne soit trop tard. Je ne suis pas le plus jeune: j'ai des cousins au deuxième degré, certes, mais à moins que mon cousin Philippe ait des enfants, le nom des Rica disparaîtra, et ma cousine Alison, ma cadette dans ma génération, ne savait même pas qui était la nourrice que ma mère et mes oncles et tantes adoraient. Alors, que faire? Peut-être en priorité, peut-être après, quand tous les ressentiments seront enterrés, je me battrai pour publier l'histoire de ma famille.
Car les Pieds-Noirs, on en entend toujours parler, la guerre d'Algérie est toujours présente en nos mémoires. Certes, elle fut horrible, mais l'Algérie, c'était outre-Méditerrannée, c'était la France, c'était plus français que Nice.
Alors que l'Indochine, c'était l'autre bout du monde, Saigon était peut-être française deux ans avant Nice, mais c'était un tas de royaumes asiatiques sans intérêt, rongés par le communisme. Qui allait mourir pour le Vietnâm?
J'ai déjà trouvé le nom. Lorsque j'avais sept ans. Nous sommes les Pieds-Jaunes.
Je vous demande donc si vous seriez interessés par une telle oeuvre, merci de vous adresser à moi dans les commentaires ou par mail. Votre avis, même insignifiant, compte réellement pour moi. Si vous avez des réserves, ou des aspects particuliers qui vous titillent, merci de m'en faire part également.
Commentaires
Si quelqu'un de ma famille maternelle tombe sur cet article et s'affirme offusqué par son contenu, merci de m'envoyer un mail à cornichon_masque@hotmail.fr . Si vos raisons sont valables, je serai prêt à retirer cet article sur demande. De toute façon, je voulais vous prévenir de cette entreprise.
Si tu l'écris, je te l'achète.
Chaque famille possède des histoires et passé tumultueux, mais peut la raconte certaines se perdent. Si tu en as les possibilités, le courage et les droits de le faire alors fonce ! moi personnellement ça me plairait de lire tout ça.
J'ai trouvé ton post passionnant et intéressant d'autant que c'est bien écrit.
Donc oui, je serais intéressé de lire ton récit sur "les pieds jaunes"
Dragibus: Tu vas vite en besogne, toi.
Nagash: Bien, bien, je m'en souviendrai. J'ai surtout peur qu'elle ne se perde, surtout, les différents protagonistes étant maintenant bien âgés...
Setoan: Tu trouves ça bien écrit? Bof...Enfin, merci de ton soutien.
C'est ta vie ? c'est auto-biographique ?
Moi je te suis !
Ce petit échantillon était bien agréable à lire, et pourvu que tu te cantonnes à raconter l'histoire sans dire nous les jaunes nous les jaunes :p je serai aussi ravie d'aller plus loin dans la lecture.
Bises !
A quand la suite ? :)
Je trouve ça bien écrit aussi ^^
Je suis pour!!
Et bien il y a de quoi faire quelque chose d'intéressant. Mais après, tu veux rester dans la simple narration de fait ? Tenter de reprendre les raisons des choix de tes ancêtres ? Tu as une mine d'or entre les mains, prends-en soin...
Fred: Les deux, en fait. C'est l'histoire de ma famille.
Maarion: Ouais, mais le peu d'identité asiatique que j'ai est assez proéminent dans cette démarche...Normal, donc, que j'insiste lourdement deçu, mais bon, évitons de faire du communautarisme de bas étage ^^
Biscot': Meurci!
Chipolata: Bien que je m'interroge encore sur la structure de l'oeuvre, j'aimerais aller bien au-delà de l'énonciation de faits, essayer d'être un peu varié, de varier les points de vue...Et essayer de me mettre à la place de mes proches... Je suis conscient de l'immensité de cette entreprise, mais bon, j'espère que je serai à la hauteur...
Je trouve cela vraiment très intéressant.
J'aimerai en lire plus !!!
Bien sur, il faudra émailler tout cela de meurtrs, de sexe, de sueur, mais ce petit résumé suce-sein est déjà suffisamment passionnant pour mettre un billet de côté en prévision de...
Je trouve l'idée excellente. J'aime beaucoup la simplicité et la sincérité de cette courte introduction.
Mon conseil : accroche toi aux sensations que t'inspire l'histoire de ta famille. Plus que la recherche documentaire ou la recherche d'édification, c'est ce qui fera tienne cette histoire.
Fonce. On en a déjà discuté.
J'ai appris que feu mon grand-père voulait déjà écrire l'histoire de sa famille...
Susie: OK!
Philooo: Ah non, pas de tours de passe-passe frauduleux et démagogues dans ce genre, ce n'est guère loyal...
Paprika: Hum...Encore une nouvelle idée de point de vue. Mais bon, venant d'une vraie historienne, ca fait plaisir!
Cendrinox: Bien recu!
je trouve aussi l'idée excellente et intéressante. C'est avec plaisir que je lirai tous ça... en te souhaitant d'arriver au bout de ce projet ;)
Merci de cet avis, camarade.
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=103311&pid=8677123
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
