vendredi 7 juillet 2006
Ubu président
Habemus presidente. Felipe Calderon, le candidat du PAN (Parti pour l'Alliance Nationale, qu'on peut classer comme conservateur), a remporté les élections présidentielles mexicaines. Si vous avez quelque peu miré les informations ces derniers temps, vous avez pu constater, depuis dimanche, l'imbrioglio présidentiel au Mexique: tels Bush et Gore en Floride en 2000, Calderon et son principal adversaire, Andres Manuel Lopez Obrador (PRD, Parti pour la Révolution Démocratique (sic), qu'on pourrait apparenter à une certaine forme de gauche), se chipotaient pour quelques voix, dont on n'était pas sûrs, avec un pays aussi grand que les Etats-Unis mexicains. Le président de l'Institut électoral fédéral et le président sortant, sieur Vicente Fox Quesada, ont eu beau supplié, les deux candidats en ballotage se sont dépéchés de proclamer la victoire chacun de leur côté. A présent, c'est officiel: Calderon, le candidat du parti ayant remporté la Casa de los Pinos (palais présidentiel mexicain) en 2000, le PAN, est le 20eme président des Etats-Unis mexicains depuis la Constitution de Queretaro, le 5 février 1917, 77eme président du Mexique depuis l'indépendance (78 en comptant l'infortuné empereur Maximilien de Habsbourg), élu du 1er décembre 2006 au 1er décembre 2012, à la tête de la deuxième nation industralisée d'Amérique Latine.
Evidemment, le sieur Obrador, dans sa défaite et sa rancune (sa victoire en aurait été une nouvelle pour la gauche en Amérique latine, après les victoires de Chavez au Venezuela, Lula au Brésil, Morales en Bolivie), va certainement s'empresser de faire un procès auprès de la Cour Suprême, prétextant d'éventuelles fraudes...Ce feuilleton durera encore plusieurs mois... Le PAN et le PRD sont également au coude-à-coude à la Chambre des Députés et à la Chambre des Sénateurs, puisque les Mexicains font leurs législatives en même temps que leurs présidentielles. Cela permettra à monsieur Calderon de n'avoir pas de bâtons dans les roues, comme son prédécesseur, en cohabitation forcée.
Grand perdant de ce caucus mexicain, avec à peine 20% aux présidentielles et la majorité perdue au Parlement: le PRI, Parti Révolutionnaire Institutionnel (si, si), qui aura dirigé le Mexique sans discontinuer pendant 71 ans, de 1929 à 2000. Ce fut le temps de la dictature parfaite, créée par le général Plutarco Calles (grand-oncle de l'homme qui nous a légué cette maison, huh...): tout en respectant le dogme mexicain de la non-réélégibilité, le candidat du PRI gagnait à chaque fois les présidentielles, désigné en personne par le président sortant, et avec forces fraudes...Ce système, s'il n'était pas démocratique, permit au Mexique de n'avoir aucune guerre civile étendue au pays entier depuis les années 20, un record en Amérique latine.
Et puis, cela a donné de chouettes présidents, comme Lazaro Cardenas, président de 1934 à 1940, qui dit véritablement "merde" aux Américains en nationalisant le pétrole mexicain, le Mexique ayant les 6emes réserves mondiales de pétrole, et où la société pétrolière, la Pemex, dirige absolument tout. Le Mexique se targue qu'il y ait plus de stations service que d'écoles sur son sol: cherchez l'erreur. Le senor Cardenas peut s'enorgeuillir dès lors d'avoir plus de 120 rues à son nom à Mexico. Et que penser de ce cher Carlos Salinos de Gortari, premier potentat du pays de 1988 à 1994, qui avait flingué son cheval en 1968, parce qu'il avait perdu les épreuves d'équitation aux Jeux Olympiques de Mexico? Avant de s'exiler en Irlande au terme de son mandat, il demanda à son frère Raul d'assassiner son propre candidat à sa succession, Luis Donaldo Colosio, aussitôt remplacé par Ernesto Zedillo Ponce de Léon, son ancien ministre du budget, qui parvint à faire s'effondrer le peso (dévaluation de 200%), résultat de la politique catastrophique de Salinas: "l'Erreur de décembre" continue à pourrir l'économie mexicaine, main dans la main avec la corruption. On comprend que les néozapatistes aient choisi ce moment pour se rebeller au Chiapas.
En bref, bonne chance, Felipe, pour être à la tête de ce grand pays qu'est le Mexique. Et continue, comme tes prédecesseurs, à nous faire rire!
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